Cornachroniques

06 mars 2012

Je n'ai pas beaucoup d'infos

     Ils sont légions, ceux qui arrivent sur la pointe des pieds, pas confiants, pas sûrs de leur fait et de leurs informations et qui, au bout de quelques instants moquent le peu d’efficacité du libraire désormais vendeur, dégradé, inefficace. Béatrice Martin est un peu comme cela.

     Sniper de la répartie, Victor possède un stock inextinguible de répliques qui font mouche. Il possède aussi cette capacité rare à les renouveler et peut s’appuyer sur une capacité d’improvisation qui désarçonne plus d’un client. Destabilisant, il use et abuse de ce pouvoir. C’est chronique, maladif mais on aime bien ceux qui châtient bien. Le prendre en défaut n’est pas chose aisée. A moins d’être un belle femme. Victor peut tout à fait avoir du temps perdre, il faut juste qu’il garde le contrôle.   

     - J’ai une colle pour vous.

     PREMIERE ERREUR.

     - Et que voulez-vous que j’en fasse, la coupe-t-il.

     - Pardon ? demande-elle un brin agressée.

     Victor prend une voix pédagogue où pointe un téton de sensualité.

     - Moi je suis libraire, je ne suis pas maquettiste.

     Victor adresse un petit sourire nonchalant, très content de son effet : un mot gentil après le petit coup de caddie dans le talon d’Achille. Souffler le chaud et le froid, le souffler si vite qu’on empêche la réaction. Toujours garder la main. Marquer son territoire.

     Plus détendue, la dame reprend.

     Plus détendue : DEUXIEME ERREUR.

     - Je n’ai pas beaucoup d’information. Je n’ai pas le titre mais par contre je sais que c’est Folio Classique.

     Quel libraire n’a pas entendu cette phrase digne d’un sketch de Coluche himself à propos d’une frange de journalistes en mal de scoop et qui « s’autorisent à penser »…

    - Et ?

    - Et quoi ? se vexe-t-elle presque.

    Victor a un petit rire narquois.

    - Ce n’est pas un manque d’information, c’est le désert de Gobi votre affaire. Vous demandez à un concessionnaire de voitures sans avoir ni l’année, ni le modèle mais vous avez la couleur. Et je ne suis pas concessionnaire.

    - C’est une prescription scolaire, ce n’est pas non plus le Graal, le mouche-t-elle.

    - Ah oui, c’est juste une prescription scolaire. Parmi des dizaines de prescriptions hebdomadaires. 

    - Oui, vous n’avez pas envie de faire de recherches, lance-t-elle.

    - Voiiii-là. Vous avez compris. Je n’ai pas envie de faire de recherches. Mais ça, c’est parce que je ne suis pas architecte. Ni concessionnaire.

    - Oui, j’ai compris. Vous avez gagné, j’irai voir mon libraire, dit-elle prête à partir.

    Victor ne conçoit pas de se faire braquer le dernier mot.

    - Sage décision. Avec votre indication… Victor prend le temps de trouver le terme adéquat… anorexique, folio classique, je pense que votre libraire va apprécier.  

    - Au revoir, dit-elle sèchement.

    - Bonne journée. Et bonne recherche dit Victor avec un sourire assumé dans la voix.

    La dame secoue sa tête, une façon personnelle et contenue de le traiter de sale petit con.

    Victor expire profondément en bombant encore un peu plus le torse. C’est vrai que c’est un sale petit con. Mais satisfait. Très satisfait.

 

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03 février 2012

Bobo chez les bobos

     Certains ont la morve au nez, d’autres la morgue au nez. La sexagénaire appartient à cette seconde catégorie. Habituée à être écoutée, à être servie, flattée, choyée, respectée, obéie, servie. Et cela, depuis sa plus tendre enfance. Dans son monde, on met des accents circonflexes sur chaque voyelle qui se présente. Elle s’habille dans des magasins où l’on prend grand soin de ses clients, ce sont des vitrines que la majorité ne fait que regarder. De loin. De l’opulent collier en or qu’elle porte, on pourrait couler un demi-lingot. Elle a été belle, sans doute. Aujourd’hui, elle est certainement élégante malgré sa bouche à la gueule triste. Une femme grande, qui avec ses bottes du jour, culmine à 1m85. Victor lui rend 25 centimètres. Un monde. Vif, intelligent, Victor a beaucoup de répartie. Mais il est aussi volontiers moqueur, sournois, parfois méchant, quelquefois tyrannique. Peu patient et très susceptible. Homme petit doté d'un grand front, sa tête proportionnellement grosse est surmontée de cheveux gris très épais, raides et coupés courts.

     - Il me faut cet ouvrage, dit la grande dame en posant devant Victor un papier griffonné. Elle a à peine jeté un regard au libraire.

     - Bonjour, répond Victor, d’un ton sec.

     La grande dame fait mine d’ignorer l’insolent à la grosse tête. La contre-attaque est cinglante, un mesquin soufflet du revers de la main.

     - Vous êtes bien, ici, au calme. Vous avez de la chance d’avoir un métier.

     Elle vient d'enclencher l'interrupteur, elle ignore que le petit bonhomme qui lui fait face est un redoutable gymnote.

     - Certainement. Tout le monde ne peut pas être rentier. 

     - Plait-il ?

     Victor prend le papier du bout des doigts, le remue et hausse volontairement le ton comme s’il s’adressait à une personne dure d’oreille.

     - Je disais que tout le monde n’a pas la chance d’avoir des serviteurs.

     - Vous savez qui je suis ? se braque-t-elle.

     - En tout cas, je sais qui vous n’êtes pas.

     - Insolent. Malotru, dit-elle avec la voix cassée par une émotion désormais débordante. Appelez-moi votre supérieur.

     - Je vous l’aurais volontiers appelé, mais aujourd’hui, c’est moi le plus supérieur de tous les libraires présents.

     - Vous…Vous aurez affaire à moi.

     - On peut faire affaire tout de suite si vous voulez.

     - Malotru, répète-t-elle en battant retraite.

     La dame grande s’éloigne, faisant claquer ses bottes.

Victor sourit, roule le petit papier en boule et le jette dans la poubelle. Malotru lui ? Il n’a ni mal au tru… ni nulle part.

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26 janvier 2012

La guerre des boutons

     Très intelligent et doté d'une mémoire peu commune, Victora beaucoup de répartie, d'esprit, il est très vif et peut se montrer passionnant. Mais Victor est aussi volontiers moqueur, sournois, parfois méchant, quelquefois tyrannique. Et peu patient. C'est valable avec tout le monde mais surtout avec les clients. En revanche, il supporte mal que l'on se moque de lui. Très susceptible, Victor. Plus de vingt ans de librairie, il connaît parfaitement son métier et un nombre fou de références. Petit homme – 1m60 – doté d'un grand front, sa tête proportionnellement grosse est surmontée de cheveux gris très épais, raides et coupés courts. C'est sans doute ce que l'on voit le plus chez Victor : sa tête. Il a de petits yeux noirs et perçants. Toujours impeccablement rasé, toujours très droit, un véritable petit majordome. Ou caporal. Il peut se montrer adorable pour peu qu'il le veuille ou tout simplement parce que son interlocuteur... est une interlocutrice. En effet, Victor est un séducteur invétéré.

     Victor parcourt une quatrième de couverture lorsqu'une voix mi-figue mi-raisin très reconnaissable l'interrompt. C'est un adolescent au corps inachevé, équipé toute option : tout d'abord cette indécise voix qui déraille, hésitant entre les graves et les aigües, entre le petit trot et le triple galop ; ensuite un affreux – tsss, vraiment affreux se dit Victor – petit duvet, sous le nez, semblable à ces urticantes petites chenilles parcourant les terres et les pins landais ; enfin un visage-calculatrice parsemé de boutons extravertis et autres points noirs introvertis, comme incrustés dans l'épiderme. Dans la pleine fleur de l'âge se dit Victor.

     - Bonjour monsieur, est-ce que vous avez "La guerre des boutons" de Pergaud, s'il vous plaît ?

     Là, pour un homme aussi moqueur, c'est la fève dans la galette, c'est une occasion trop belle pour ne pas la saisir dans l'instant.

     - "La guerre des boutons" répète-t-il, en fixant l'adolescent. Victor dodeline de la tête. Vous savez, ce livre c'est comme une eau précieuse. C'est presque une crème apaisante, dit-il en dodelinant de la tête. Le point noir, il y a toujours un point noir, c'est ce que c'est un récit un peu daté. D'un autre côté, on a beau avoir inventé la fermeture éclair, les zip et autres matières textiles intelligentes, on a toujours un bouton à notre pantalon. Et je ne parle même pas de boutons de manchettes pour les plus nantis d'entre nous. On n'a pas trouvé mieux. Le bouton, c'est indémodable. Et puis il y a les boutons de fleurs. Le bouton d'or. Non, le bouton c'est une valeur sûre, une valeur refuge même. Je pense que l'on devrait tous en avoir, et même beaucoup. Il ne faudrait jamais manquer de boutons. Moi j'en manque cruellement. C'est en vous voyant, là aujourd'hui, que je m'en rends compte. Sans bouton, la vie paraît bien terne, non ?

     L'adolescent ne saisit pas les allusions, il se dit juste que ce vieux est un peu « relou ». Victor a la moquerie plutôt impassible mais dès que l'on connaît un peu, on remarque qu'il dodeline de trop.  

     - Mais vous l'avez? finit par s'inquiéter l'adolescent jusque là respectueusement patient.

     - Eh non, je ne l'ai plu.

     - Et vous l'aurez quand ?

     - D'ici deux, trois jours.

     - C'est sûr monsieur ?

     - Ah ça, jeune homme, je ne peux pas vous l'assurer. L'approvisionnement ce n'est pas comme un rendez vous chez le docteur, ou un dermato.

     - Merci quand même, répond l'ado, incrédule.

     Victor, aussi excité qu'un ado, regarde le gamin filer avec son dos vouté par une croissance folle.

     Une petite fille passe à cet instant, elle regarde Victor en coin et tire la manche de sa mère. Comme pas mal d'enfants, quand elle a quelque chose à dire, elle le dit à haute voix. Et parfois même, à vouloir être discrets les enfants parlent encore plus forts. Comme ici.  

     - Maman, il a vraiment une grosse tête le monsieur.

     - Chut, dit-elle à sa fille. Ce n'est pas de sa faute, c'est surtout parce qu'il est petit.

     Victor a tout entendu mais déjà maman et fille s'éloignent main dans la main.

     Oui, la vie est ainsi faite. Qui moque sera moqué.

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19 janvier 2012

Téléphone maboule

     Deux mètres moins cinq, Ernest pèse aux alentours de 125 kilos. Cette force de la nature a la peau laiteuse, noueuse, un coup de buffle. Sous des arcades proéminentes, des yeux enfoncés, foncés et vairons. Une bouche grande aux lèvres plus fines, un sourire livré avec parcimonie. Ses cheveux : une épaisse tignasse roux foncée qu’il coiffe à la main, le résultat lui important peu. Plutôt bourru, il y a même quelques petits trucs qui l’horripilent carrément : ceux qui s’assoient sur les livres et ceux qui… mais chut. Patience.

     Homme arrivé, Marc Baroud a la silhouette de ceux qui en prennent soin. Pas vraiment sportif mais vigilent. Quinqua pas dégueu, pas vieux beau mais presque, il porte un costume marron foncé, il a les cheveux coupés de frais, les temps grisonnantes et porte un parfum cher qu’il applique trois fois par jour, comme d’autres mâchent un chewing-gum.   

Dans sa main, un téléphone dernière génération, design épuré, kyrielles d’applications et que l’on parcourt du doigt. Un objet onéreux mais c’est ainsi : toucher du doigt les nouvelles technologies a un coût.

Ernest n’a pas de téléphone portable, du moins il ne le porte jamais sur lui. Ses parents lui en ont offert il y a quelques années mais il n’appelle pas avec et le laisse à la maison comme un téléphone fixe. De base. Il s’en est passé durant trois décennies et il s’en porte plutôt bien. Pourquoi changer cela ? Pour résumer sa manière de voir, Ernest préfère parler de téléphone maboule plutôt que de téléphone mobile.  

     - Bonjour, dit Marc Baroud d’une voix nonchalante mais où pointe l’évidence d’une autorité qu’il distille dans sa vie professionnelle et désormais partout. Marc Baroud, un homme de la maîtrise.   

     - Bonjour, répond Ernest, tranquillement assis.

     Marc Baroud montre son appareil dernier cri à Ernest.

     - Il me faut ce livre.

     Il y a beaucoup de façons de demander un bouquin. Là, il s’agit d’un ordre déguisé, c’est une exigence qui ramène le libraire à son état de vendeur, ce qu’il est, mais pas seulement. Là, ça dit « larbin, magne-toi de me servir ». Tout réside dans le ton de la voix. Comme souvent, ce n’est pas tant ce qu’on dit que la manière de le dire.

     Ernest ne prête délibérément aucune attention au téléphone maboule mais redresse sa carcasse gigantesque tout en fichant ses yeux dans les yeux de l’homme.

     - Et ce livre est ?

     Marc Baroud est pris au dépourvu et pris de battements de cils nerveux. Ernest vient de le faire plier, il vient de remettre les choses à leur place.

     Marc Baroud lit, avec peine, sur son téléphone :

     - Le vieil homme et sa mère, d’Emmy… Way.

     - Emmy Way, no way. Mais Hemingway, yes, dit Ernest.

     Marc Baroud n’a pas l’air de comprendre. Alors Ernest, d’humeur taquine, enfonce le clou.

     - Hemingway, de son prénom Ernest. Et il n’est pas question de maman. Mais de mer, M-E-R. « Le vieil homme et la mer » pour être exact. On lit ça au collège, c’est pour le collège n’est-ce pas ?

     Marc Baroud acquiesce. Ne pas parler est sa manière de faire profile bas. Il range le portable dans la poche de sa veste intérieure.  

     - Vous allez le trouver dans le panneau littérature anglo-américaine.

     - Merci. Bonne journée, dit rapidement Marc Baroud.

     Marc Baroud s’éloigne déjà, le mauvais quart d’heure a duré trois minutes. Dans trois minutes, il aura retrouvé tout l’aplomb qui fait de lui un homme arrivé.

Ernest n’aime pas qu’on lui fourre les écrans de téléphone sous le nez.  

  

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09 décembre 2011

Le pain béni... ou première dan

     Il s’appelle Dan et veut se faire une culture, sa face comme CV d’une indigence certaine, des dents manquantes sur un visage trop jeune pour seul diplôme qui disent les années de vache maigre. Il a vingt-deux et en paraît dix de plus. Il se présente avec un sourire gêné mais un libraire est un libraire et c’est plus facile. Un libraire, c’est un pro pour encore pas mal de gens. D’ailleurs parfois, il y a confusion. Etre au milieu des livres est-ce différent d’être au milieu de chaussures ?  Oui, sans doute. Mais cela n’est ni suffisant, ni une garantie. En effet, ce n’est pas parce que Miguelito Loveless fréquentait des joueurs de basket qu’il a rejoint les parquets de la NBA. En revanche, cela crée des liens, une proximité. Pour ce qui est de Justin, Dan est bien tombé.

     - Bonjour monsieur. Je cherche un livre. Un livre pour me cultiver. Vous voyez ce que je veux dire. Moi l’école j’ai pas trop connu. Moi, c’était plutôt la galère. Je vais pas vous raconter ma vie mais voilà. J’ai bac moins 10, moi je suis bac moins 10, précise Dan. Mais je veux passer à autre chose, vous voyez ce que jeux dire. Il faut que je rattrappe un peu le temps perdu.

     Ce moi sans prétention est un entête, un rappel pour se faire une place et ne pas être oublié. Un pain béni, une brioche dorée même pour quiconque à envie de transmettre. Ce n’est pas tous les jours que se présente l’opportunité de conseiller enfin ce qu’on aime.

     - Vous cherchez un roman ? demande Justin.

     - Oui. Je veux une histoire. Je veux un livre qui va m’apporter. Genre, le livre que vous aimez le plus.  

     - Ah oui. C’est une bonne question.

     Justin doit faire vite. Mais avant tout Justin doit juste conseiller juste, pas question d’effaroucher ce rouge-gorge dans la peau d’un corbeau aux plumes abîmées venu sans crier gare sur le pas de la porte. Justin le sent, le sait. Il se livre à un rapide inventaire de ses lectures, les classiques, les incontournables, les bons et même les moins bons. Tellement de lectures, des heures à lire, à imaginer, s’évader, vibrer, à cogiter. Justin souffle un bon coup et rejoint ses voyages adolescents. Et là, la mer. Justin, son acné des treize ans et « Le vieil homme et la mer » ! Un condensé de virilité un peu désuet pour un récit dégraissé, sans couenne, commençant sur une terre paradisiaque et se poursuivant au milieu de nulle part. Combattre, continuer, délirer, s’entêter jusqu’à la folie, jusqu’à oublier tout le reste. Un îlot de fierté insensé perdu dans l’océan. Santiago, le prototype, tel un indestructible bouchon de liège qui ne peut que revenir sur la plage, émerger. C’est la pulsion sexuelle omniprésente retournée sur elle-même, puisqu’au bout du compte, il ne faut pas s’y tromper, le vieux pêcheur est seul. Ce poisson et lui ne font qu’un. Cet animal démesuré, profilé est un reflet, une chimère. Un fantôme qui donne toutefois du fil à retordre au vieux pêcheur et un bon casse-croûte à quelques requins. Un prétexte. Puis, le retour au bercail. Il y a toujours un retour au bercail, c’est vieux comme le monde.

Au-delà de l’histoire - ou à côté – trois points essentiels pour conseiller ce bouquin et pas un autre.

D’abord, Justin aime bien Hemingway, cette trogne barbue, une image de patriarche à la Victor Hugo made in USA, un éclat séducteur flanqué dans l’œil en plus. Un côté vieux filou aussi, à bien y regarder. Et puis, il y a ce côté jusqu’au-boutiste, cette façon de jouer au ball-trap avec sa propre tête, comme son père avant lui.

Ensuite, c’est au cours de cette lecture que Julien a saisi de manière un peu plus claire que l’essentiel ne réside pas dans les mots mais dans l’interstice, dans l’espace entre les mots, ces moments de rêve, ces parenthèses. Sans doute, une vision un peu romantique des choses. Mais ainsi est Justin, déjà trop vieux pour changer, un peu trop tendre parfois pour ce monde, anachronique aussi comme l’est sa coiffure.

Enfin, en quelques secondes, Justin a jugé que c’était le bon livre pour le bon homme. Dans le cas contraire, il lui restera quelques secondes pour dégoter un autre bouquin. Telle est le quotidien du libraire : trouver des solutions et puis des solutions de rechange pour satisfaire le client.

Pendant le temps de sa réflexion, Justin s’est rapproché de la lettre H du panneau littérature anglo-américaine.

     - Voilà, c’est un bouquin d’Hemingway. C’est un style minimaliste, assez simple. Mais pas simpliste, ajoute Justin. Moi c’est un bouquin qui a été important pour moi. C’est une histoire d’homme et… Justin cherche ses mots.

     - C’est cool. Pour moi c’est bon. Je vous fais confiance. Je le prends, dit Dan.

     - Si ça ne va pas, vous gardez le ticket de caisse et…

     - Merci mais ça risque pas. Je vais le lire et je suis sûr qu’il va être important pour moi aussi ce livre dit Dan en tapant le bouquin de sa main à la peau abîmée. C'est cool. Merci.  

     - De rien. Merci à vous.

     Justin regarde s’éloigner ce jeune en quête d’une nouvelle vie. Libraire, ce n’est pas si mal.

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01 décembre 2011

La poule et le poussin

     C’est une femme avec des bottes montantes sur un jean bleu pétrole très près du corps. Vraiment moulée, Molly a la silhouette sportive, une petite bombe d’un mètre et demi, dotée d’un sourire quadra émollient. La démarche assurée, elle s’approche de Justin absorbé par une tâche rébarbative et collante : retirer les étiquettes d'une centaine de livres en raison d’une hausse de prix. Il a d’ailleurs un petit sursaut lorsqu’elle lui adresse la parole. Une main manucurée posée sur le bureau, sur ses ongles des motifs précis et discrets. Justin observe ça avant de tomber sur le jolie minois de cette femme.    

     - Bonjour vous pouvez me dire qui est l’auteur d’Anne Franck ? lui deamnde-t-elle avec un beau sourire.

     Un ange passe… et repasse. Et d’ailleurs il n’est plus tout seul, il a rameuté des potes à lui. C’est un troupeau entier d’anges silencieux et l’œil goguenards qui squattent !

     - Je… Je vais vous le chercher, se contente de répondre Justin.

     Ce dernier est interrompu dans son départ.

     - Par contre, si vous avec une version très courte, ce serait parfait. C’est pour ma fille, vous savez les ados et la lecture. Elle a quinze ans, dit-elle en haussant les sourcils. Elle s’intéresse surtout aux garçons. En même temps, c’est une belle période. D’ailleurs je me dis que ça serait bien d’avoir encore quinze ans, dit-elle en adressant à Justin un petit clin d’œil.

     Pour le coup, Justin se met à rougir un petit peu. Blond comme il est, c'est difficile à cacher.

     - Je vais vous le chercher.

     - Mmm, acquiesce-t-elle. Je vous attends dit-elle en baissant la fermeture éclair de sa jolie veste en cuir cintrée.

     Justin souffle sur la frange de sa coupe au bol, quelques minuscules gouttes de sueur perlent sur son front. Un brin émoustillé, il se hâte d'autant plus de trouver le bouquin. Sur le chemin du retour il lève la tête et découvre que la cliente le regarde revenir, un sourire accroché aux lèvres. Il passe derrière son bureau - un tic "professionnel", une sorte de barrière - et lui tend le livre.   

     - Voilà, dit Justin.

     Molly regarde le bouquin.

     - Anne Franck c'est l'auteur, dit-elle sans se démonter le moins du monde. Ah, j'ai toujours cru que c'était le titre moi! En même temps, ça change pas grand chose. Par contre il est un peu gros, j'en connais une qui va faire la grimace. Vous n'avez pas d'autre version? demande-t-elle sans vraiment y croire.

     - Non, c'est le texte intégral.

     - Bien sûr. Moi, ça ne me dérange pas les gros livres. Ni les petits d'ailleurs. La taille, ça n'a pas beaucoup d'importance. C'est comme pour tout. Du moment qu'on sait y faire...

     Muet, Justin reprend un petit fard que Molly, de plus en plus familière, efface à sa manière.

     - Non, c'est vrai! Il faut dire les choses comme elles sont. En tout cas vous êtes chou, dit-elle en remuant le livre sous le nez de Justin. 

     Elle se rapproche de lui et baisse d'un ton.

     - Dites-moi, vous faites quelque chose pour vos cheveux ?

     - Non, je…, balbutie Justin complètement pris au dépourvu et troublé.

     - Non, parce qu'ils sont vraiment très beaux, fins. On dirait des cheveux d’enfant. Moi ça me rappelle le petit garçon dans Star wars. Et la vérité c’est que je craquais complètement pour lui. Quand je vous dis, j’ai toujours quinze ans. Mon mari me le répète tout le temps, enfin quand je le vois. Toujours en voyage d’affaire celui-là.

     Justin ne pique plus de fard, en fait il est en mode fard léger mais permanent, il le perçoit très nettement. 

     « Elle me drague, non mais elle me drague là. Le coup des quinze ans et puis le clin d’œil. Non, non, n’importe quoi, se résonne-t-il Les cheveux et tout, elle a du temps à perdre et puis voilà » se dit Justin…

     - Je peux, dit Molly en avançant sa main pour toucher les cheveux de Justin.

     Justin a un petit mouvement de recul incontrôlable - ses cheveux c'est sacré, pas touche -, au même instant retentit la voix forte d'Ernest son collègue.

     - Eh poussin, j'ai besoin de toi, dit-il à Justin.

     Molly retire immédiatement sa main. Justin regarde la cliente et secoue la tete en signe de malentendu.

     - Votre ami vous attend.

     - Ah non non, se défend Justin. Il rigole.

     - Pas de problème, j'ai compris. 

     - Non, ce n'est pas mon ami, c'est juste... dit Justin dans un éclat de voix.

     - Il n'y a pas de mal, lui dit-elle avec sourire un peu vexé et en remontant la fermeture éclair de sa mini veste. De toute façon, moi j'ai le don pour me tromper avec les hommes. Merci pour le bouquin.  

     Molly s'éloigne d'un pas rapide sans lui jeter un coup d'oeil sous le regard désemparé et frustré de Justin.

     - Oh poussin, tu t'amènes ou quoi dit Ernest l'hétéro à Justin bec dans l'eau.

     - C'est bon, ça va, je ne suis pas sourd! dit Justin en se retournant vers Ernest - quelques mètres derrière -qui n'a évidemment rien suivi à l'affaire. Et ne m'appelle pas poussin! dit-il en baissant d'un ton.

 

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08 novembre 2011

Des oreilles qui traînent

Justin a le nez au vent, tout comme Ernest, quand deux demoiselles débutent le spectacle.

Une brune et une blonde. Elles sont adolescentes mais font les femmes. D’ailleurs elles portent des vêtements de femmes. Et des vêtements de marque. Elles ont au bas mot une twingo sur elle. La valeur d’une twingo, entendons-nous. Elles parlent fort et vite.

     - C’est trop nul, je ne me souviens plus de son nom, dit la brune. En plus ici, ça capte pas, dit-elle en tapotant sur un téléphone portable nacré. Valeur : un mi-salaire de libraire.

     Ne plus être connecté au monde est une chose difficile, voire insupportable. Dans l’échelle des malheurs de ces deux héritières, cela se situe entre l’ongle cassé et la coupe de cheveux ratée. 

     - Mais tu n’as pas un bout du titre, demande la blonde.

     - Non. Pfff, souffle la brune en recoiffant ses cheveux raidis et méchés. Impossible, je ne me souviens plus de son nom. Le prénom, je crois que c’est Laure. Mais en même temps c’est un homme.

     - Un homme ? dit la blonde.

     - Oui, le prof nous a montré sa photo, il avait un visage uriné, je te dis que ça, affirme la brune.  

     - Le visage uriné ?

     - Oui, le visage bien uriné même.

     - Uriné ?! répète la blonde d’un air un peu mesquin.

     - Oui, uriné, s’agace la brune. Je sais encore ce que je dis. Uriné, du mot urine. De la couleur de l’urine en fait. Je ne vais pas te faire un dessin. Tu m’as pris pour Paris Hilton.

     - C’est bon, t’es pas obligée de me parler mal.

     Contre toute attente, la brune étreint sa blonde copine.

     - Excuse ! Je suis trop stress en ce moment. On va faire un break dans la galerie. Je vais te montrer des bottes, tu vas halluciner.

    - Les vertes ? demande la brune.

    - Ah, je t’en ai déjà parlé. Mais là, elles sont soldées à 2200.

    - Carrément ! hallucine la brune.

    Elles filent ainsi, bras dessus, bras dessous.

Justin et Ernest se regardent.

    - Je vais faire une petite pause dit Ernest. J’ai le ventre ballonné, il faut que j’aille buriner dit-il de son petit sourire moqueur.

    Justin rit de bon cœur.

 

    Une demi-heure plus tard, elles reviennent. La brune désormais bottée de vert se rapproche de Justin.

    - Bonjour, dit-elle, est-ce que vous avez…

    Elle regarde son téléphone nacré et poursuit:

    - … L’or, de Blaise Cendr... Cendrars.

 

Sacrément buriné, le Cendrars.

 

 

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10 octobre 2011

Ping-pong… ou le langage de sourd

     - Bonjour monsieur. Je cherche un livre s’il vous plait.

     L’homme est bonhomme dans son costume un peu lâche et froissé, avec dans la voix juste une pointe d’accent du sud de la France. Un gentil papa en somme qui tend à Justin un papier lisible avec un ISBN en bonne et due forme.  

     Face à cet enchaînement de courtoisie, Justin se sent l’âme d’un bon samaritain. Ce qu’il est la plupart du temps, de toute façon. Mais l’écran se charge de faire déchanter le libraire aux lunettes. Le livre en question ne se fait plus et cela fait bien dix fois qu’il le dit depuis ce matin, devant les mines contrariées des parents qui s’inquiètent pour leur progéniture face aux impérieux enseignants.

     - C’est une prescription scolaire, dit Justin et...

     - Vous le connaissez ! l'interrompt le papa d'un collégien.

     - Oui. Enfin non. C’est un ouvrage pour le collège mais qu’on n’a pas.

     - Ah. Il prend un petit temps de réflexion. Mais on peut le faire venir ?

     - Non. Non, l’ouvrage n’est plus disponible, rectifie Justin.

     - Ah. D’accord. Et il faut combien de temps pour le commander ?

     - On ne peut pas le commander, il est en arrêt de com, dit Justin d'une voix un peu plus forte, histoire de se faire entendre. Quand même.

     - Com ?... Comme quoi ? demande le bonhomme avec une désarmante naïveté.

     - Non, c’est notre jargon, précise Justin avec un petit sourire. Arrêt de commercialisation.

     - Ah ! Il prend encore un temps de réflexion. Et vous pouvez l’avoir ?

     - Non, c’est un ouvrage qui n’est plus disponible, il n’est plus du tout édité. C’est l’éditeur qui ne le fait plus.

     - Ah. D’accord. Mais pourquoi l’enseignant nous demande de l’acheter ?

     - Ca… c'est une bonne question. Je pense qu’il n’a pas vérifié, dit Justin qui n’aime pas vraiment devoir pousser autant les explications.

     - Ah. D’accord. Eh bien merci quand même. Très bonne journée à vous.

     - Merci. Bonne journée, lui répond Justin.

     L’homme bonhomme s’éloigne.

     Justin passe index et pouce sur ses yeux fermés, il se dit qu’il devrait être plus clair, plus rapidement, pour éviter ce genre de situation. Ce n’est pas le genre de désagrément que doit subir Ernest. Et encore moins Victor. D’un autre côté, on ne se refait pas.  

    Tel un boomerang molletonné, sans bruit, l’homme vient interrompre ses pensées.

    - Vous croyez qu’ils en font chez "Dirty*?

    - Non… Non.

    - Ah ! Il s’octroie un nouveau temps de réflexion. C’est sur ma route, je vais quand même aller faire un tour. Allez, bonne continuation.

    L’homme s’en va et Justin secoue doucement la tête comme pour s’extraire d’un rêve : il tient, enfin il tenait une star.  

 

* "Dirty", une enseigne connue pour l'électroménager et les produits techniques... mais pas pour les livres. Ou alors, on nous aurait menti.

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08 octobre 2011

Qui ne dit mot qu’on sent…

En deux mots comme on sent : il pue.

Pas de nom connu. Ni de prénom. Il ne salue personne, n’entre en contact avec personne. C’est un solitaire et n'a pas l'air méchant. Petit. Cheveux frisés. Jambes carrément arqués. Un gros nez fiché dans un visage plutôt petit. Il a cinquante trois ans. Il en fait plutôt dix de plus. Ce petit homme aux cheveux frisés fait preuve d’une belle ponctualité, il débarque ainsi à la librairie mercredi et vendredi sur le coup des 13 h00. Jusqu’à 14h00. Cette homme a une particularité. Avec lui l’odeur est ample, puissante, débordante, entêtante. Puante. Démesurée. Elle semble pressée aussi, comme impatiente de précéder son propriétaire. L’odeur et lui, ce n’est pas peut-être pas une histoire d’amour, mais c’est à la vie à la mort. Croiser ce petit homme, c’est déplaisir. L’avoir installé dans un coin, à moins de cinq mètres, c’est subir. Pendant mais aussi après son départ. Tel est ce petit homme. Cela ne concerne plus Ernest - le colossal libraire décrit ci-dessous - depuis qu’il lui a dit qu’il ne fallait plus rester là.

Ernest : la brute. L’opposé de Justin : le bon. Un évident stéréotype - quelque chose dans ce goût-là -, sauf que le petit homme nauséabond s’est délocalisé pour squatter le rayon de Justin. Ce petit homme a une qualité qu’il faut reconnaître : sa concentration. Assis à même le sol, jambes tendues, insensible aux sollicitations extérieures, retourné en lui-même, il ressemble à un apnéiste de haute volée. Ou de grands fonds. Voire de bas fonds. Il demeure ainsi de longues minutes, le pouce dans une narine et l’index dans l’autre telle une statue. Puante. C’est un lecteur un peu monomaniaque, il ne lit que des ouvrages sur la médecine, notamment la médecine orientale. Il change parfois de vêtements mais jamais d’odeur. Justin est habitué à la venue du petit frisé. Justin le surnomme, pour lui-même, « Frisouille ». Pour Ernest, c’est « le bousier ». Et pour Victor *« La pourriture ». Justin est habitué aux venues de « Frisouille », il a appris à prendre son mal en patience. Quand l’abstraction olfactive se révèle difficile, c’est-à-dire après le repas, Justin a recours à un petit artifice. Il sort une petite fiole de parfum de rose et dépose une goutte à la base de chaque narine.

Aujourd’hui, ce n’est pas le cas, Justin n’a pas encore déjeuné et gère la présence de « Frisouille ». Justin est assez occupé, puisqu’il remet de l’ordre dans les dessous de table. Un genou au sol, son esprit vagabonde un peu quand soudain il entend une flatulence terrible qui craque tel un coup de tonnerre dans la forêt. Justin se retourne immédiatement et découvre un homme mûr en train de feuilleter un bouquin, de profil, costumé, imperturbable. Tellement imperturbable que Justin le bon blond en vient à douter de l’origine du bruit. Il n’a pas le temps de reprendre son labeur que le lecteur lâche un long pet ponctué d’une fin interrogative. Toujours imperturbable, à l’exception de cette main qu’il porte à l’arrière du pantalon comme pour aérer le sous vêtement. Et l’odeur déjà envahit l’espace. Justin se lève et s’éloigne en maudissant l’économiste en herbe.

De l’autre côté de la pièce, « Frisouille » est toujours là, son anneau de doigt dans le pif, tel, le taureau moyen.

On ne se méfie jamais assez de l’eau qui dort.       

 

* Après Ernest, Justin, un troisième larron dont on aura l’occasion de reparler.

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03 octobre 2011

Travolta is back!

     Justin porte des lunettes depuis ses deux ans, avant même d’être lecteur, aussi loin que le plus lointain de ses souvenirs. Aucun collègue ne l’a jamais vu sans. Cela fait partie de son visage, au même titre que ses cheveux blonds et fins coupés au bol, coiffure désuète tout droit sortie des années 80. Gentil patenté, Justin est une crème. Et une crème, ça se fait fouetter. Tout du moins, certains profitent un peu de son caractère. Il est donc l’interlocuteur privilégié du lourdingue de service et des autres, de passage. Qui ne dit mot consent.

Parmi la clientèle chronophage, le plus assidu s’appelle Roger Dumont. Ernest * le surnomme « Travolta », avec ses cheveux noirs corbeaux, sa chemise toujours trop ouverte sur une chaîne en or avec dent de requin et un torse velu. Il porte une très fine moustache surannée et soulève un peu de fonte. 50 ans, célibataire et fier de l’être. En fait, rien à voir avec « Travolta » mais Ernest a un gabarit qui ne souffre pas vraiment la contradiction et puis le surnom « Travolta » a été adopté par toute la librairie. Roger « Travolta » a une spécialité : il ne peut s’empêcher d’exhiber ses blagues pourries comme des filles de bord de plage leurs tee-shirt mouillés.

     - Salut, Roger.

     Bonjour, Monsieur Dumont.

     - Alors, ça biche, dit-il d’emblée en regardant les deux piles de livres posées sur le comptoir. Tu n’arrêtes jamais hein. Il faut un peu savoir se détendre. Tiens, j’en ai une bonne pour toi. Tu connais le groupe préféré de Lolo Ferrari ?

     - Non, dit Justin d'une voix hésitante.

     - Tu vois qui c’est Lolo Ferrari, dit « Travolta » en mimant la proéminence mammaire.

     - Oui, celle qui aimait un peu trop le bistouri.

     - Ouais, tout juste. Alors, son groupe préféré ?

     - Je ne sais pas. Non, je ne sais pas.

     - Boney M.

     Et voici Travolta qui fredonne « daddy cool », mal mais avec enthousiasme.

     - Bonnet M! répète-il fier comme un paon.

     - Justin a un petit sourire poli.

     - Il vaut mieux faire envie que pitié. 

     Sur ce, une femme plantureuse passe juste à côté d’eux, ce qui ne manque pas d’alerter Travolta.

     - Si c’est pas le destin, dit-il en adressant un clin d’œil libidineux à Justin. Je te laisse.

     Travolta part dans la direction de la femme, faisant semblant de s’intéresser à des livres, tel l’inspecteur Clouzot dans une lamentable et fébrile filature. Le tout sous le regard blasé de Justin qui remonte machinalement ses lunettes de l’index après s’être passé la main dans les cheveux.

Ernest approche sa carcasse de Justin.

     - Ce qui est bien avec Travolta, c’est sa constance, dit Ernest à Justin.

     - Ca…  Au fait, tu connais le groupe préféré de Lolo Ferrari ?

     - Qui ?

     - Non, c’est… Non, rien.

     Décidément, on peut rire de tout. Mais pas avec tout le monde...

 

*Cf. post précédent

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